Estimation d'une sculpture : bronze, marbre, terre cuite — comment connaître la vraie valeur ?

Pourquoi les sculptures sont si difficiles à estimer seul
Une sculpture est l'un des objets les plus difficiles à évaluer pour un non-spécialiste. La même forme, coulée en bronze, peut valoir 200 € ou 200 000 € selon qu'il s'agit d'une fonte industrielle récente ou d'un tirage d'époque d'un sculpteur reconnu. Un buste en marbre peut être une oeuvre ancienne de grande valeur ou une copie touristique fabriquée postérieurement.
Les critères d'évaluation sont nombreux et techniques. Cet article vous donne les clés pour comprendre ce que regardent les experts — et vous aider à identifier les sculptures qui méritent une estimation approfondie.
Déterminer le matériau de la sculpture
- Le Marbre : le marbre est une roche métamorphique dérivant du calcaire. Le marbre est souvent blanc dans la statuaire, bien qu'il existe des marbres d'autres couleurs (vert, noir rose...). Le marbre le plus connu est le marbre de Carrare avec sa couleur blanche. Dès l'Antiquité, le marbre est utilisé pour l'architecture et la sculpture. Un premier indice pour reconnaître du marbre et le distinguer des résines ou autre matière synthétique qui tendent à l'imiter, est de toucher la sculpture et de ressentir un aspect froid. Une résine sera à température ambiante par exemple.
Attention aux marbres reconstitués (poudre de marbre compressée) ou en albâtre, parfois présentés comme du marbre véritable. Un expert identifie immédiatement la différence.
- Autres pierres utilisées en statuaire : nous pouvons citer le porphyre, l'onyx, les agates, l'albâtre, etc. Toutes ces pierres peuvent être rencontrées, et l'oeil d'un expert pourra les identifier.
- Le bronze : le bronze est l'un des matériaux historiques de la sculpture. La résistance du bronze a permis de produire des sculptures de grande taille. Les bronzes de Riace datant du Ve siècle avant J.C. en sont un exemple. Le bronze est un alliage de cuivre, d'étain, et de plomb. La part de chaque métaux varie selon les époques et les régions du monde. Le bronze est d'aspect doré après la fonte, mais il est presque toujours patiné ensuite, ce qui donne ces couleurs marron, vert, mordoré... C'est pourquoi, pour reconnaître un bronze il faut regarder sous la base, parfois des parties sont encore dorées. Il faut aussi regarder des parties qui auraient pu être usées et qui font ressortir la couleur dorée.
Un matériau a beaucoup été utilisé au XIXe siècle pour imiter le bronze : le régule. C'est un alliage de plomb, d’antimoine et parfois d’étain, appelé parfois "le bronze du pauvre". L'aspect mordoré est ensuite réalisé avec des patines, pour imiter le bronze. Pour identifier un régule, même chose, il faut regarder aux parties usées ou en dessous, et celles-ci ne ressortent pas dorées, mais grises.
- La terre cuite : utilisée à toutes les époques depuis des millénaires, la terre cuite est aussi un des principaux matériaux de sculpture, dû à sa solidité. La cuisson rend la terre très dure et permet ainsi de réaliser toute sorte de modèles. Toutefois, à part quelques exceptions (les sculptures étrusques par exemple), les sculptures sont souvent de taille plus réduite que le marbre ou le bronze, ou alors réalisées en plusieurs parties assemblées ensuite. La famille de la terre-cuite est assez large et réunit aussi les faïence et les porcelaines.
- Le plâtre : la plâtre est très utilisé à cause de sa malléabilité. Il est souvent utilisé pour réaliser les modèles, avant de réaliser un marbre ou un bronze. Le plâtre est reconnaissable par sa couleur très blanche. Il peut toutefois être patiné pour lui donner un aspect de bronze. Attention à ne pas confondre.
- Les matières animales : la matière la plus connue est l'ivoire d'éléphant, utilisée très tôt dans de nombreuses cultures (notamment pour la réalisation d'oliphants sculptés). L'ivoire marin a aussi été très utilisé (défenses de morse notamment) sur les zones côtières. La ville de Dieppe a été un grand centre de réalisation au XIXe siècle. De grands coquillages ont pu aussi être gravés et sculptés. Attention aux imitations d'ivoire, avec l'arrivée des matières synthétiques au XXe siècle. L'oeil d'un expert est nécessaire pour parfois faire la différence.
- Le bois : le bois a longtemps servi à la réalisation de sculptures de par sa facilité de taille comparé aux pierres. Il peut se conserver pendant des siècles si celui-ci est conservé convenablement au sec. De nombreuses grandes sculptures nous sont parvenues, notamment en art religieux. La taille de la sculpture est toutefois limitée à la taille du tronc de l'arbre. L'essence du bois est importante à identifier et peut donner des indices sur l'origine de l'oeuvre. Il est aussi possible de dater le bois par un test au Carbone 14.
Déterminer la rareté de la sculpture
C'est l'un des points les plus importants pour déterminer la valeur de l'oeuvre. La sculpture est un des modes d'expression artistique les plus prolifiques, et les reproductions et copies d'oeuvres en sont donc d'autant plus importantes.
Il faut donc déterminer si une oeuvre est unique, si elle a été réalisée en tirage limité, et de quel auteur elle est.
Identifier l'artiste
C'est l'une des premières choses à faire. Pour cela, il faut souvent regarder à la base des sculptures voir si une signature est visible. La signature peut être en toute-lettre ou avec un monogramme (ce qui peut rendre plus difficile l'identification). La typographie des signatures peut être assez peu lisible pour certains artiste, il faut donc faire appel à un spécialiste qui pourra l'identifier.
Parfois, les sculptures ne sont pas signées. Il faut alors réussir à identifier le type de sculpture, le sujet représenté, et le style artistique, pour aller chercher vers un courant artistique ou un artiste en particulier. L'oeil d'un expert est utile dans ce cas.
ATTENTION : la présence de la signature d'un artiste ne garantie pas l'authenticité et la rareté de l'oeuvre. C'est par exemple le cas de reproductions d'oeuvres connues qui ont pu être réalisées d'après un modèle. Ces reproductions peuvent être dans tous les matériaux, même si le bronze est très représenté.
Des bases de données d'oeuvres et d'artistes existent et peuvent être consultées, mais elles sont souvent payantes, c'est le cas de la base ARTPRICE.
Enfin, pour rattacher une oeuvre non signée à un artiste, il peut aussi être utile de consulter les catalogues d'exposition, des catalogues raisonnés d'artiste, ou des comités d'artistes qui défendent l'oeuvre de celui-ci.
Déterminer la rareté et l'ancienneté de la sculpture
Après avoir identifié l'artiste, il faut s'assurer que l'oeuvre n'est pas une reproduction banale, ou un tirage réalisé en de nombreux exemplaires, ce qui peut réduire la valeur de l'oeuvre. L'oeuvre doit avoir les caractéristiques d'une oeuvre originale pour avoir de la valeur.
- Bronze : pour avoir une valeur plus importante, le bronze doit être un exemplaire tiré du vivant de l'artiste, ou tiré sous le contrôle des ayants droit de l'artiste, dans la limite du tirage autorisé. Ainsi, l'artiste ou ses ayants droit ont pu contrôler la fabrication, le ciselage, la patine etc. Pour cela, il faut vérifier qui a fondu le bronze (un cachet de fondeur est souvent présent sur la sculpture : Hebrard, Susse, Rudier, Barbedienne, Valsuani etc.). Il faut aussi vérifier si un numéro de tirage est présent, et ainsi savoir s'il s'agit d'un tirage réduit, ou industriel. De nombreux tirages de bronze ont peu de valeur car beaucoup de sculptures ont été reproduites de manière industrielle, notamment par surmoulage. La ciselure est donc de moins bonne qualité. Souvent, ces exemplaires ne sont pas numérotés ou portent un numéro en dizaines, voir centaines d'exemplaires. Par exemple, des sculpteurs comme Antoine-Louis Barye, très à la mode à la fin XIXe siècle, ont été énormément reproduits.
- Marbre et pierre : les marbres ont aussi pu être reproduits, notamment par des systèmes de pantographes. Il faut donc s'assurer que sa sculpture est une pièce produite du vivant de l'artiste. Un expert est souvent nécessaire pour les reconnaître. De nombreuses sculptures en marbre ont été reproduites en pierre reconstituée, en biscuit de porcelaine, ou en albâtre.
- Plâtre et terre-cuite : même chose, beaucoup d'oeuvres ont été reproduites par surmoulage, notamment des sculptures du XVIIIe siècle. L'oeil d'un expert sera nécessaire pour les identifier.
L'importance de la provenance
La provenance d'une oeuvre est primordiale pour comprendre son parcours, son histoire, et cela peut lui donner une valeur complémentaire. Il est important de réunir le maximum d'éléments à transmettre à un expert : histoire de famille, facture, ancienne photo, témoignage d'un ancêtre, lettre, inventaire, etc.
Tout document peut être utile pour apprécier l'oeuvre. La provenance peut participer à simplifier l'authentification.
Artistes connus dont les sculptures atteignent des prix importants
XVIIe siècle - Jacob Sigisbert Adam, Jacques Caffieri, Nicolas Coustou, Antoine Coysevox, François Girardon, Robert Le Lorrain, Jean-Baptiste Lemoyne, Barthélemy Prieur, Jacques Sarrazin.
XVIIIe siècle - Edme Bouchardon, Antoine-Denis Chaudet, Famille Coustoux, Antoine Coysevox, Etienne Falconet, Jean-Antoine Houdon, Franz Xaver Messerschmidt, Augustin Pajou, Balthasar Permoser, Jean-Baptiste Pigalle, Famille Slodtz, Bertel Thorvaldsen.
XIXe siècle - Antoine-Louis Barye, Auguste Rodin, Jean-Baptiste Carpeaux, Alexandre Falguière, Carrier-Belleuse, Emmanuel Frémiet, Ferdinand Barbedienne, Antoine Bourdelle, Camille Claudel, Jules Dalou, Edgar Degas, Constantin Meunier, James Pradier, François Rude, Isidore Bonheur.
Art Nouveau, vers 1900 - René Lalique, Théodore Rivière, Agathon Léonard, Ernest Barrias, Victor Prouvé, Henry Van de Velde, Hector Guimard, Jean Carriès, Alexandre Bigot, Alexandre Charpentier, Eugène Gaillard.
Art Déco, vers 1925 — Demetre Chiparus, Ferdinand Preiss, Pierre Le Faguays, Marcel Bouraine, Afred Janniot, Aristide Maillol, Jan et Joël Martel, François Pompom, François Méheut, Max Le Verrier, Georges-Lucien Guyot, Raymond Delamarre.
XXe siècle - XXIe siècle — Alberto Giacometti, Fernand Léger, Georges Braque, Salvador Dalí, César, Niki de Saint Phalle, Brancusi, Arman, Diego Giacometti, Ossip Zadkine, Jean Arp, Pablo Picasso, Alexander Calder, Louise Bourgeois, Joseph Csaky, Umberto Boccioni, Jeff Koons, Wang Keping, Antony Gormley, Damien Hirst, Joana Vasconcelos.
Comment photographier une sculpture pour une estimation en ligne
Pour qu'un expert puisse estimer votre sculpture à partir de photos, suivez ces recommandations :
Vue de face, de profil gauche, de profil droit et de dos — La sculpture est un objet en trois dimensions, une seule photo ne suffit pas.
Détail de la signature — Photographiez la signature en gros plan, en éclairant latéralement pour faire ressortir les inscriptions gravées.
Numéro de tirage — Pour les bronzes, photographiez le numéro (souvent sous la base ou sur le côté).
Cachet du fondeur — La marque du fondeur de bronze (Susse Frères, Barbedienne, Hébrard, Valsuani…) est un élément clé.
La base — La signature y est souvent apposée, et l'état de la base renseigne sur l'époque. Une photo du dessous de la base peut être utile aussi : pour les bronzes elle permet parfois d'identifier la technique de fonde.
Un éclairage rasant (lampe tenue sur le côté) révèle souvent des inscriptions invisibles en lumière directe.
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