Céramique du XXe siècle

Céramique du XXe siècle

Les grands courants du début du XXe siècle

La céramique au XXe siècle en Europe est une production si large qu'il est difficile d'en résumer les grands courants et les artistes principaux. D'une part, la production de faïence ou porcelaine dans le goût des anciens styles se perpétue au début du XXe siècle, et d'autre part, avec l'avènement de grands courants comme l'Art Nouveau et l'Art Déco, elle subit une totale révolution de style.

En effet, la céramique classique bourgeoise ou populaire reste toujours dominante avec certaines grands centres de production (principalement de la faïence) : Rouen, Nevers, Est de la France (Creil et Montereau, Sarreguemines), Quimper, porcelaine à Limoge, Faenza (Italie), Delft... mais l'industrialisation met à mal la rentabilité des manufactures, qui font face à beaucoup de difficultés économiques à cette époque.

Une nouvelle production aux forme novatrices voit le jour en ce tout début du XXe siècle avec l'Art Nouveau, qui infuse des formes organiques et zoomorphes. Des artistes tels que Jean Carriès, Moreau-Nélaton, Delaherche, Massier (Vallauris), Bigot, Lion et Delpayrat produise des modèles totalement novateurs inspirés de la nature et du Japon. La Belgique aussi joue un rôle important avec la manufacture Royal Boch-Kéramis, primée lors de l'Exposition internationale de Bruxelles en 1897. Elle produira pendant tout le XXe siècle.

Pour l'Art Déco dans les années 20-30, le style revient à une certaine géométrie et simplification des formes. Nous retrouvons des artistes comme Lachenal, Mayodon, Buthaud, Luce, Lourioux, Robert Lallemant, et Jean Besnard. Et c'est à cette époque que des ateliers d'artisanat, incluant la céramique, se forment sous l'impulsion des grands magasins : Primavera pour le Printemps et Pomone pour le Bon Marché. Ils permettent une diffusions du nouveau style à une grande échelle pour l'époque.

Le début du XXe siècle voit l'avènement des grandes décorations, et de nombreux décorateurs (Jacques-Émile Ruhlmann, Jean-Michel Frank, André Groult, Dupré-Lafon...) intègrent la céramique dans leurs intérieur, et donnent ainsi leurs lettres de noblesse à cette discipline.

Renouveau de la céramique au milieu du XXe siècle

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la céramique européenne connaît un formidable renouveau artistique. Dans un contexte de reconstruction et d'optimisme, les céramistes s'éloignent progressivement des productions traditionnelles pour explorer de nouvelles formes, de nouveaux émaux et un vocabulaire résolument moderne. Si chaque région conserve ses spécificités géologiques et techniques, une véritable liberté créative s'impose entre les années 1950 et 1970.

En France, Vallauris devient l'un des principaux centres de cette renaissance. L'installation de Pablo Picasso en 1948 attire de nombreux artistes et contribue au rayonnement international de la ville. Autour de lui gravitent des céramistes tels que Roger Capron, Jean Derval, Robert Picault, Jacques Innocenti, Gilbert Portanier ou encore André Baud, qui développent une production colorée, expressive et souvent inspirée de la nature méditerranéenne.

Parallèlement, d'autres foyers créatifs émergent. À Accolay, Kostanda renouvelle les formes utilitaires avec un langage moderne, tandis que La Borne ou Saint-Amand-en-Puisaye deviennent des centres majeurs du renouveau du grès grâce à des artistes comme Robert Deblander. Le couple Lerat, formé par René et Jacqueline Lerat, occupe également une place essentielle dans cette période : installés à La Borne, ils développent une œuvre personnelle mêlant sculpture et céramique, caractérisée par des formes épurées et un profond attachement aux qualités plastiques de la terre. Se distinguent aussi Jacques et Dani Ruelland, Georges Jouve, Pol Chambost, Norbert Pierlot, André Borderie...

En Italie, Guido Gambone s'impose comme l'une des figures majeures de la céramique d'après-guerre. En réinterprétant les traditions méditerranéennes avec un langage résolument moderne, il contribue au renouveau de la création italienne, notamment aux côtés des ateliers de Faenza et Albisola, hauts lieux de la céramique contemporaine. Des artistes comme Piero Fornasetti participent aussi à la renommée de la céramique italienne (avec la manufacture Ginori par exemple).

La céramique d'après-guerre se distingue par des formes libres, des décors audacieux et une grande richesse d'émaux. Entre artisanat, sculpture et design, cette période marque durablement l'histoire des arts décoratifs.

Les années 80, la quête des émaux

Les années 80 sont marquées par une génération de céramistes en quête de formes libres et sculpturales à l'image de l'après-guerre, mais aussi en quête de perfectionnement des émaux. L'un des chefs de file, le moine Daniel de Montmolin illustre avec perfection cette mission (Il rédige un ouvrage : "Pratique des émaux de grès. Minéraux et cendres végétales"). D'autres artistes s'illustrent dans cette pratique quasi scientifique : Pierre Bayle, Chapalaz, Champy, Ben Lisa, Girel...

Enfin, les années 80, voient aussi l'avènement du groupe Memphis, avec des designers qui s'intéressent aussi à la céramique et y transposent les formes et couleurs si typiques de Memphis : Ettore Sottsass, Martine Bedin, George Sowden, Alessandro Mendini, Alessio Sarri...

La céramique régionale moderne

En France, de nombreux centres de céramique régionaux existent, et le XXe siècle fut un tournant. D'une part, l'industrialisation a fait disparaître plusieurs manufactures, et d'autre part certaines ont su prendre le tournant de la modernité et ont connu un certain succès.

• Quimper en Bretagne : faïencerie de Keraluc très active

• Poterie de Ciboure dans le Pays Basque : familles Fischer et Vilotte

• Faïence de Longwy en Lorraine, réputée pour ses émaux

• Ateliers de poterie dans le Sud de la France, avec notamment Vallauris, qui accueille de nombreux artistes

• Poterie Savoyarde : SISPA (Société Industrielle Savoyarde de Poterie Artistique). Livre : Buttin, Pachoux-Chevrier, Potiers et céramistes des Pays de Savoie 1900-1960, 2002

• La Borne, dans le Berry : foyer important de potier au XXe siècle (Les grands feux de La Borne)

L'identification de la signature

L'un des enjeux dans la céramique du XXe siècle est d'identifier la signature de l'artiste.

Beaucoup d'artistes signent par un symbole (Marque à l'alpha de Georges Jouve par exemple), d'initiales, ou d'une écriture parfois peu lisible. Seul un expert peut parfois reconnaître les signatures, ou alors il faut consulter des bases de données de signature ou des ouvrages de référence (Ceramique Française des Années 50, Staudenmeyer, 2001, Grès de Puisaye – Marques et signatures, 2026...).

Les formes des céramiques du XXe siècle peuvent paraître banales parfois, mais l'identification d'un céramique réputé peut tout à coup donner une valeur importante à l'objet.

Liste de céramistes réputés dont les pièces sont recherchés sur le marché

Début du XXe siècle

Jean Carries

Auguste Delaherche

Paul Jeanneney

Edmond Lachenal

André Metthey

Ernest Chaplet

Georges Hoentschel

Vers 1930

Emile Decoeur

René Buthaud

Emile Lenoble

Jean Luce

Jean Besnard

Henri Simmen

Georges Serré

Edouard Cazaux

Milieu du XXe siècle

Jean & Jaqueline Lerat

Norbert Pierlot

Pol Chambost

Elchinger

Jacques et Dani Ruelland

Années 1960-1970

Vassil Ivanoff

Yves Mohy

Robert Deblander

Joulia

Anne Kjaersgaard

Denise et Peter Orlando

Après les années 80

Claude Champy

Daniel de Montmollin

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